Mereseger La déesse du silence.

, par  Jean-Luc

Divinité serpent de sexe féminin, elle était presque exclusivement adorée par les artisans du village de Deir el-Medineh.

Mereseger signifie « elle aime (meres) le silence (iger) ». Son nom souligne les liens étroits de la déesse avec le royaume de morts. Ce dernier peut justement être appelé igeret, le « domaine du silence ». De nombreux textes nous apprennent qu’il était interdit aux humains d’y élever la voix.

Une femme serpent

L’iconographie de Mereseger est très variée. Elle a été souvent figurée comme une femme à tête féminine ou encore de trois têtes, l’une de femme, l’autre de serpent et la troisième de vautour. Mereseger apparaît aussi sous les traits d’un sphinx à tête de lionne ou encore, à l’instar d’Hathor, sous la forme d’une vache. Elle était par ailleurs coiffée de couronnes très différentes : modius (élément circulaire) supportant une frise d’uraeus et surmonté de deux plumes de faucon, couronne hathorique, couronne rouge, etc. Figurée sous forme de serpent, elle était souvent accompagnée de la représentation de paires d’œufs ou de serpents, ses adjuvants. On retrouve ces images en grand nombre sur le site de Deir el-Medineh.

Divinité funéraire, elle était évidemment présente dans les tombes du cimetière qui jouxte le village comme sur le mobilier funéraire de certains défunts, mais c’est sur des objets de culte destinés aux vivants qu’elle apparaît le plus souvent. Les villageois dédièrent plusieurs chapelles à la déesse où elle était souvent représenté avec Ptah.

Stèle provenant de Deir el-Medineh

L’oratoire le plus important est celui que les travailleurs aménagèrent à flanc de colline, sur le chemin que les menait à travers la montagne jusqu’à la Vallée des Reines. Le petit éperon rocheux qui le surplombe n’est d’ailleurs pas sans évoquer la forme d’un serpent protégeant le village. Mereseger y est vénérée au côté de Ptah. La décoration, gravée à même la roche, montre notamment la déesse sous forme humaine allaitant le pharaon. Un oratoire analogue fut construit au pied de la cime thébaine, près du col conduisant à la Vallée des Rois. Des autels en son honneur, servant lors du culte domestique, étaient aussi dressés à l’intérieur des maisons. Les nombreuses stèles et ostraca figurés à son image devaient être déposées dans ces différentes chapelles et servir de support au culte de la divinité. Autre preuve de la ferveur de celui-ci, plusieurs femmes du village portèrent le nom de Mereseger.

Statue de la déesse serpent

La vengeresse

Mereseger, bien que protectrice des artisans de la Vallée des Rois, pouvait aussi se montrer particulièrement redoutable à l’égard des humains qui avaient fauté. Plusieurs stèles attestent cette croyance. C’est ainsi qu’un certain Néferabou, se repentant de quelque méfait, dédia deux stèles respectivement à Ptah, fut puni par le dieu, avant d’être finalement pardonné. Dans la seconde, il se décrit comme un homme incapable de discerner le bon (néfer) du mauvais (bin). Mereseger lui apparût sous la forme d’une lionne pour le punir de son comportement contraire à Maât. La déesse finit cependant, comme Ptah, par se montrer clémente et, pour témoigner de son apaisement se manifesta à Néferabou sous la forme d’une brise légère.

Les stèles de Mereseger

Plusieurs stèles dédiées à Mereseger par des familles de Deir el-Medineh sont connus à ce jour. Les particuliers y manifestaient leur piété envers une déesse à la fois redoutable et bienveillance. Sur la stèle, dédié par la famille du sculpteur [Qen], Mereseger y est représentée sous forme de cobra à tête de femme devant une table d’offrande garnie et suivie de dix petits serpents. Beaucoup plus originale du point de vue esthétique est la stèle d’Amennakhte, fils de Dydy. L’artiste a apparemment voulu figurer la montagne où était censée résider la déesse.

Stèle provenant de Deir el-Medineh

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