Richard Lepsius

Né en 1810 (20 ans jour pour jour après Champollion), il étudie à Leipzig et Göttingen les antiquités grecques de 1829 à 1832, et apprend le sanskrit. Remarqué à 23 ans, ses professeurs l’incitent à se diriger vers l’étude des hiéroglyphes. Seulement, désireux d’asseoir sa position sociale, l’égyptologie ne dit rien au jeune Lepsius.

En 1834, le voici à Paris, où il prend connaissance des écrits de Jean-François Champollion et s’imprègne de la Description de l’Egypte, se rendant compte que beaucoup de choses restent à faire en égyptologie et qu’il peut y acquérir une renommée digne de ses ambitions. Dès lors, il va se jeter dans l’étude des hiéroglyphes. Ensuite, il se rend en Italie, à Pise, où il a l’occasion de suivre les cours d’Ippolito Rosellini, et auteur du seul livre publié alors sur les découvertes de la mission franco-toscane.

Il rentre en Allemagne en 1839, désireux de visiter l’Egypte et d’y faire une mission plus approfondie que celle du déchiffreur. En 1842, il est le titulaire de la seconde chaire d’Egyptologie européenne et se voit confier la responsabilité d’une mission scientifique en Egypte. Le kaiser Frédéric-Guillaume IV et l’impératrice Elisabeth sont à l’origine de cette nomination et il part avec trois cent mille francs or. Le souverain est bien décidé à laisser l’empreinte de son règne pour les temps futurs.

Lepsius arrive à Alexandrie et apporte à Méhémet Ali de somptueux présents, ce qui va lui ouvrir toutes les portes. D’autre part, le savant allemand n’hésitera pas à renvoyer à Berlin tous ceux qui contrarient ses ambitions.

Dès son arrivée, il se rend à Gizeh, et le jour de l’anniversaire de Guillaume IV, fêté au sommet de la pyramide de Khéops, il laisse une inscription hiéroglyphique à la gloire du souverain. Il reste de longs mois à Gizeh et découvre plus de 130 tombes privées, dont il relève les bas-reliefs et emporte 67 papyrus.

Il se dirige ensuite vers Saqqarah, où il explore la tombe de Maya, qui s’occupa du trésor de Toutankhamon. Il visite, durant cette même période, la pyramide à degrés, déjà visitée par Gerolamo Segato en 1821, et y démonte les linteaux et les montants d’une porte, où apparaît le nom du pharaon qui a fait bâtir ce monument incroyable : Neterikhet. Nul ne sait qui est ce pharaon. En 1899, on découvrira une inscription mentionnant Neterikhet Djéser, dont la momie et les autres pièces trouvées dans la pyramide par Segato, se perdirent dans un naufrage en Mer du Nord.

Dans le Fayoum, Lepsius découvre le labyrinthe, mentionné par Hérodote et Strabon, proche de la pyramide d’Amenemhat III à Hawara. Il remonte ensuite sur Thèbes et, marchant souvent sur les traces de Champollion et Rosellini, le jeune philologue allemand passe à Deir el-Bahari, où il récolte des pièces pour le futur Musée de Berlin. À la différence de Champollion, Lepsius reste insensible à l’Egypte moderne, à la beauté de ses monuments antiques, et son seul intérêt pour le pays sera d’ordre philologique. Il classe la musique arabe au rang de plaie de l’Egypte.

À l’instar de Champollion, Lepsius explore le site de Médinet Habou et, outre les inscriptions qu’il recopie, il prend les bas-reliefs qu’il transportera à Berlin. Suite aux cadeaux offerts par le kaiser, Méhémet Ali laissera emmener beaucoup de matériel archéologique.

Le savant allemand tombe sous le charme de Philae. « La semaine que nous avons passée sur l’île sacrée fait partie des plus beaux souvenirs de notre voyage. » Le 6 novembre, il quitte Philae pour l’Ethiopie, en passant par la Nubie et Abou Simbel. Il compte bien y trouver les traces d’une civilisation d’origine africaine, ancêtre de l’Egypte des Pharaons.

Il s’est fixé pour objectif de dépasser Ouadi Halfa, où Champollion avait placé ses colonnes d’Hercule. À Djebel Barkal, il ramène au bateau la statue monumentale d’un bélier représentant Amon, protecteur d’Aménophis III. Il porte ensuite ses regards vers Méroé, mais sa quête n’est guère satisfaisante, car il a sous les yeux des pyramides ne remontant pas au-delà du premier siècle avant Jésus-Christ. Il empêche tout de même le seigneur local, avide de trouver un éventuel trésor, de poursuivre le démantèlement des 184 pyramides. Après discussion, ce dernier cesse le massacre.

Lepsius a été le premier à relever la présence des talatates à Thèbes et s’intéresse aux tombes de Tell el-Amarna, en 1845. En douze journées, Lepsius recueille d’importants renseignements pour les générations futures : Akhenaton, le pharaon effacé pourra sortir de l’oubli où le clergé d’Amon a réussi à le plonger.

En 1846, un bâtiment amène en Prusse 294 caisses, avec 1500 objets, bijoux, papyrus, des chambres funéraires complètes, des sarcophages, une colonne du temple de Philae, un obélisque et le sphinx de Djebel Barkal, qui vont orner le Musée Egyptien de Berlin. Lepsius a visité les ruines d’une trentaine de pyramides, plus de 130 mastabas (dont beaucoup ont disparu depuis). Frédéric-Guillaume IV est tellement fier de ce que lui ramène l’égyptologue allemand qu’il décide de faire publier un ouvrage luxueux, en douze volumes grand folio qui seront édités de 1849 à 1859, comprenant 894 planches, et qui seront désormais une référence en la matière : Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien (Monuments de l’Egypte et de l’Ethiopie). À propos du format de l’ouvrage, Mariette notera, avec humour : « Pour consulter les Denkmäler, il faut s’assurer l’aide d’un caporal et de quatre hommes. »

Membre de l’Académie et conservateur du Musée de Berlin, il fonde une publication Revue de langue et d’archéologie égyptiennes. Il meurt à Berlin en 1884, après avoir consacré sa vie à l’Egypte et, même si certains ne manquent pas de faire remarquer qu’il a pillé les tombes et les monuments, il répondra qu’il a sauvé bon nombre de ses emprunts des véritables pillards, qui saccageaient tout à la recherche d’un trésor. Il a relancé l’égyptologie, en léthargie depuis la disparition de Champollion.

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