Christiane Desroches Noblecourt

1913-2011 Un siècle d’égyptologie

Née Christiane Desroches en 1913 à Paris, Elle se passionne pour la découverte de la tombe de Toutankhamon par Howard Carter en 1922. Elle sera encouragée par l’abbé Driotton (qui plus tard va remplacer Lacau à la tête du service des Antiquités), et rentre au département des Antiquités égyptiennes du Louvre. Première femme nommée au poste de pensionnaire de l’IFAO, dirigé à l’époque par Pierre Jouguet, le beau-père de Jean-Philippe Lauer, elle est également la première à diriger un chantier de fouilles en 1938.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle fait partie de la Résistance, et met à l’abri en zone libre les trésors du département égyptien. Après son mariage, elle s’appelle Desroches Noblecourt.

Après un premier barrage inauguré en 1902, dont la capacité d’un milliard de m³ s’avère insuffisante, en 1912, puis en 1934, on le rehausse. Pierre Loti s’émeut : « la plupart des temples antiques de la Nubie seront aussi dans l’eau [...] Mais cela permettra de faire de si productives plantations de coton ! » À nouveau, cela ne suffit pas aux besoins d’une population toujours plus nombreuse et, en 1954, le gouvernement dirigé par Gamal Abdel Nasser décide d’édifier un barrage d’une capacité de 157 milliards de mètres cubes, long de 500 kilomètres et qui recouvrira même des terres au Soudan. C’est un projet « pharaonique ».

Cette fois-ci, ces monuments vont purement et simplement être engloutis et perdus à tout jamais, parmi lesquels les temples d’Abou Simbel. L’Unesco demande aussitôt à Christiane Desroches Noblecourt, conservateur des Antiquités égyptiennes du Louvre, héritière donc de Jean-François Champollion, d’établir un inventaire de tous les monuments menacés. En second, il faudra trouver les fonds nécessaires à une aussi colossale entreprise.

Le 8 mars 1960, Christiane Desroches Noblecourt, en compagnie de Sarwat Okasha, le ministre égyptien de la culture, lance un appel solennel à la solidarité mondiale, depuis la tribune de l’Unesco. En plus des quatorze temples qu’il faut déplacer, il s’agit de procéder à des fouilles de toute urgence, sur des sites qui seront recouverts par des dizaines de mètres d’eau, d’ici peu, et qui, pour ainsi dire, n’ont été que très peu étudiés en détail.

André Malraux, alors ministre d’État des Affaires Culturelles, intervient rapidement : « le pouvoir qui en fit surgir les colosses aujourd’hui menacés, les chefs-d’œuvre du musée du Caire, nous parle d’une voix aussi haute que celle des maîtres de Chartres, que celle de Rembrandt. »

« Votre appel n’appartient pas à l’histoire de l’esprit parce qu’il vous faut sauver les temples de Nubie, mais parce qu’avec lui, la première civilisation mondiale revendique publiquement l’art mondial comme son indivisible héritage. »

« Il n’est qu’un acte sur lequel ne prévalent ni l’indifférence des constellations ni le murmure éternel des fleuves : c’est l’acte par lequel l’homme arrache quelque chose à la mort. »

Cinquante pays vont contribuer, en pleine guerre froide, à sauver ces monuments qu’on va classer au patrimoine de l’humanité, car ils font partie de l’héritage de toutes les nations. Philae, Kalabcha, Ouadi es-Séboua, Dakké, Derr et d’autres sites sont déplacés, dont le plus médiatique est Abou Simbel.

Le temple d’Amada est un cas plus délicat, à cause des reliefs miniatures et bien peints. Découper le temple en blocs est irréalisable, car les peintures n’auraient pas résisté. Voyant que tous acceptent l’idée de voir ce temple englouti par les eaux limoneuses du lac Nasser, Christiane Desroches Noblecourt s’écrie : « La France le sauve ! »

Et, aussitôt, elle demande à deux architectes de lui proposer une méthode pour déplacer le temple en un seul bloc. Ceux-ci pensent qu’il faut mettre le temple en précontrainte, le déposer sur des rails, le transporter par piston à quelques kilomètres de là, en un lieu plus haut de soixante mètres. Avoir une idée est une chose ; s’en donner les moyens en est une autre.

À cet effet, Christiane Desroches Noblecourt demande une entrevue avec Charles de Gaulle, qui ignore l’engagement qu’a pris l’égyptologue au nom de son pays. Lorsqu’il l’apprend, il se raidit et demande : « Comment, madame, avez-vous osé dire que la France sauverait le temple, sans avoir été habilitée par mon gouvernement ? »

Décontenancée, la conservatrice ne trouve son salut que dans l’attaque : « Comment, général, avez-vous osé envoyer un appel à la radio, alors que vous n’aviez pas été habilité par Pétain ? »

Le général sourit et le temple d’Amada est sauvé par la France, comme la conservatrice du département égyptien du Louvre s’y était engagée.

Il faudra vingt ans pour mener à bien ces sauvetages, et ces vastes chantiers peuvent être qualifiés de pharaoniques par leur démesure, et l’inscription du petit temple de Néfertari s’y applique à merveille : « Jamais pareille chose ne fut faite auparavant. »

Le sauvetage des monuments de Nubie va avoir des conséquences inattendues. La première est une amélioration des rapports franco-égyptiens, après la désastreuse intervention du Canal de Suez, qui va se traduire en 1967, par l’organisation d’une exposition Toutankhamon au Louvre, avec 1 240 000 visiteurs, ce qui constituera alors un record jusqu’en 1993.

En 1976, suivra l’exposition Ramsès II, à Paris, (1 200 000 visiteurs), accompagnée du sauvetage de la momie du plus connu de tous les pharaons, et celle d’Aménophis III, en 1993, beaucoup moins fréquentée, ce qui est injuste pour ce glorieux souverain, victime d’une moins grande médiatisation.

Enfin, dernière conséquence pour le Louvre, le gouvernement d’Anouar el-Sadate, qui a succédé à Nasser, décédé deux ans plus tôt, en remerciement de sa contribution au sauvetage des monuments de Nubie, offre le buste d’Aménophis IV, plus connu sous le nom d’Akhenaton.

Elle est décédé le 24 juin 2011 à l’âge pharaonique de 97 ans

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