Les « Textes des Pyramides » sont-ils plus vieux qu’elles ?

, par  Jean-Luc

Les connaissances concernant les « Textes des Pyramides » ont fait des progrès considérables, notamment grâce au travail des équipes de recherche de la Mission archéologique de Saqqarah. Les dernières découvertes laissent à penser que le corpus serait en fait beaucoup plus ancien que ce que l’on pensait généralement.

L’existence des pyramides à textes n’est connue que depuis 1881. Cette année là, le Français Gaston Maspero découvrit cinq pyramides royale dans la nécropole sud de Saqqarah. Leurs parois étaient recouvertes de hiéroglyphes peints en turquoise.

Les dix pyramides à textes

Il s’agissait dans l’ordre chronologique des tombes des pharaons des Ve et VIe dynasties Ounas, Téti, Pépi Ier, Mérenrê et Pépi II.
_Entre 1920 et 1930, le Suisse Gustave Jéquier découvrit quatre autres pyramides à textes. Trois d’entre elles appartenaient aux épouses de Pépi Ier : Neit, Ipout et Oudjebten. La quatrième à un pharaon mal connu de la VIIIe dynastie : l’Horus Aba.
_A partir des années soixante, des fouilles intensives furent menées dans le complexe funéraire de Pépi Ier, sous la direction de Jean Leclant, dans le cadre de la Mission archéologique française de Saqqarah. Ces fouilles ont aboutis à la découverte de la pyramide d’Ankhesenpépi, mère de Pépi II, qui est de fait, la première reine à avoir bénéficié des Textes des Pyramides. Cette faveur exceptionnelle s’expliquant sans doute par le fait qu’elle fut non seulement l’épouse successive de deux souverains Pépi Ier et Mérenrê, mais de plus la mère du futur pharaon Néferkarê Pépi II.

Fragement du Texte des Pyramides d’Ankhesenpépi

Liturgie funéraire pour Pharaon

En marge des investigations purement archéologiques, une équipe s’occupe activement à la reconstitution et à la traduction de cet impressionnant corpus.
_En 1908-1910 l’Allemand Kurt Sethe, avait déjà donné une première version synoptique des formules connues à l’époque. Depuis ce travail monumental qui reste encore un outil de recherche fondamental, de nouveaux fragments ont été mis à jour, complétant souvent le corpus de manière non négligeable. Les fouilleurs ont notamment exhumé de nombreux fragments de textes inédits des textes de la pyramide de Pépi Ier.
A l’issue d’un minutieux travail de reconstitution, l’ensemble des textes a été publié en fac-similé. Les auteurs de l’ouvrage ont pris soin de noter avec précision l’emplacement exact de chaque formule sur les parois de la pyramide. Cette localisation joue un rôle déterminant pour la compréhension des textes. A l’origine, il s’agissait sans doute de compositions liturgiques récitées par un officiant pendant les funérailles du souverain. Elles devaient l’accompagner tout au long de son passage vers l’au-delà. Elles furent gravées sur les parois de la tombe pour que leur efficacité magique se perpétue après ce rituel. Elles avaient donc pour fonction de guider le mort depuis son réveil dans le sarcophage, installé dans la chambre funéraire à l’est, jusqu’à sa sotie de la pyramide, au nord, vers les étoiles impérissables, les étoiles circumpolaires. A l’aplomb du cercueil figure ainsi une des plus célèbres formules du corpus : « Ce n’est pas mort que tu es parti, mais c’est vivant que tu t’envoles ! ». Autour du sarcophage on retrouve par ailleurs les formules de protection, d’offrande et de résurrection dont doit s’armer le défunt pour son périlleux voyage. Dans l’antichambre, des formules de progression décrivent son périple vers l’ouest, qui doit le mener au serdab, pièce sans textes qui, selon Bernard Mathieu, symbolise le domaine du silence d’Osiris, et par où le royal défunt doit nécessairement passer pour accéder à l’immortalité. Cette épreuve réussie, les formules d’ascension de la partie nord de l’antichambre lui permettront de terminer sa course dans le couloir horizontal qui va le mener vers le ciel étoilé.

Tombe de Pépi Ier

Le plus ancien corpus religieux

Les travaux menés à Saqqarah sont d’une importance cruciale, pour l’égyptologie elle-même, mais aussi pour l’ensemble des sciences humaines. Les Textes des Pyramides constituent en effet le plus ancien corpus de texte religieux de l’humanité connu à ce jour ! La première pyramide dans laquelle on les ait retrouvés datant de la Ve dynastie, on peut estimer qu’ils sont vieux d’au moins quatre mille ans.

Plusieurs indices tendraient même à prouver qu’ils existaient bien avant que les Egyptiens ne se décident à les graver sur les parois des sépultures de leurs rois, si l’on en croit Bernard Mathieu.

Le premier n’est autre que l’architecture même des pyramides à textes. Si depuis l’édification de la première pyramide, sous la IIIe dynastie, l’agencement intérieur varie systématiquement d’un pharaon à l’autre, le plan devient fixe dès que les textes y sont introduits.

Sarcophage d’Ankhesenpépi lors de sa découverte en mars 2000

L’architecture des pyramides à textes

Toutes les pyramides à textes seront désormais construites selon le même plan : Elles sont constituées, à l’est d’une chambre funéraire, où est placé le sarcophage, relié à une antichambre communiquant vers l’ouest avec une pièce dépourvue d’inscription (le serdab) et vers le nord avec un couloir horizontal.

Cette disposition précise de l’architecture n’a rein d’étonnant quand on sait que les textes n’étaient pas gravés au hasard sur les parois, mais suivaient pas à pas a progression du défunt depuis son cercueil jusqu’à son devenir stellaire dans le ciel du Nord, en passant par la confrontation avec Osiris dans le serdab.
_Or, curieusement, le plan type de la pyramide à textes n’apparaît pas avec le pharaon Ounas, mais sous le règne de son prédécesseur, Djedkarê Isési, dont la pyramide est pourtant dépourvue d’inscriptions.

Archivage sur papyrus

D’autres indices mettent évidence l’existence d’un modèle sur papyrus antérieur à la version monumentale. Un examen attentif révèle en effet la procédure suivie par les artisans chargés d’inscrire les formules sur les parois des tombeaux. Un premier ouvrier traçait les hiéroglyphes à l’encre noire en se basant vraisemblablement sur un modèle rédigé en hiératique sur un rouleau de papyrus. Après une première vérification et d’éventuelles corrections, on gravait les hiéroglyphes ainsi placés, puis on procédait à une seconde vérification. En cas de faute, on plâtrait les signes à modifier, puis on les gravait à nouveau, et c’est alors seulement qu’ils étaient peints en turquoise.
_En avril 1995, Bernard Mathieu s’attela à une étude minutieuse des corrections effectuées sur les textes de la pyramide d’Ounas. Les résultats de ses investigations furent publiés en 1996 dans le bulletin de l’I.F.A.O n°96 au Caire. Ils apportent de solides preuves de l’existence d’un papyrus original en hiératique.
_On dénombre en effet pas moins de 163 corrections qui, pour la plupart, sont liés aux problèmes posés par la double transposition qu’il fallait effectuer. D’abord du hiératique au hiéroglyphes (certaines erreurs s’expliquant facilement par la confusion entre deux signes très proche en hiératique). Ensuite, la transposition du cas général au cas particulier. En plusieurs endroits, le scribe a noté le mot nesout (roi) , c’est à dire « roi un tel » à la place du cartouche d’Ounas. Le correcteur, voyant la faute, a aussitôt rétabli le texte correct. Cet acte prouve, de fait que les artisans avaient en leur possession un modèle hiératique prévu pour tous les souverains et qu’ils devaient personnaliser au nom du pharaon régnant.
_L’existence de tels modèles est d’ailleurs attestée plus tard pour les Textes des Sarcophages. On sait du reste que le papyrus était déjà en usage sous l’Ancien Empire : Le plus ancien spécimen connu a été mis à jour, vierge, dans une tombe de la Ier dynastie !

Pyramide d’Ounas

Des « Textes des Pyramides » antérieurs aux pyramides ?

On ne connaît pas avec précision la date de rédaction des « Textes des Pyramides » car les spécialistes estiment qu’il s’agit plutôt d’une rédaction progressive sur plusieurs siècles ( La tombe d’Ounas comporte un peu plus de deux cent formules, mais les pyramides les plus récentes en contenaient plus de sept cent) ; Ils n’excluent cependant pas, que le noyau du corpus soit lui beaucoup plus ancien. Ils soulignent en effet un beau paradoxe : le mot « pyramide » (mer n’apparaît jamais dans les textes ! Le corpus pourrait donc être antérieur au concept de pyramide et par conséquent à l’Ancien Empire lui-même. Il faut peut-être le faire remonter aux toutes premières dynasties, c’est à dire au alentour de l’an 3000 avant J.C. !

Bibliographie :
- Article d’Audran Labrousse, directeur de la mission, dans les dossiers de l’archéologie n° 265 de juillet-août 2001.
- Article de Bernard Mathieu « que sont les Textes des Pyramides dans le n°12 de la revue Egypte, Afrique et Orient.
- Les Pyramides d’Egypte de I.E.S. Edward, collection « Biblio Essais » du Livre de Poche.
- Les Textes de la pyramide de Pépi Ier, Mémoires de l’IFAO n°118, le Caire, 2001

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