Sethi Ier

, par  GOLVIN Jean-Claude, MARTINEZ Philippe

Pharaon de la XIXe Dynastie

Fils de Ramsès Ier et de sa femme Satrê.
Il participe au règne de son père en tant que corégent, dès le début de la dynastie, sans doute pour éviter les problèmes de succession qui avaient marqué la fin de la XVIIIe dynastie. Séthi est pourvu de deux frères et d’au mois trois sœurs. Il épouse lui-même la reine Touya ou Mouttouy qui lui donne deux fils et une fille. Il régnera de 11 à 15 ans, période placée selon les chronologies de 1318 à 1304, de 1304 à 1290 ou encore de 1291 à 1279.

Déjà d’âge mûr, ayant atteint la trentaine, il est issu des rangs des militaires de carrière et est pleinement au fait des affaires de l’Égypte lorsqu’il prend le pouvoir pour quelques années seulement. Il prend pour nom de Roi de Haute et Basse Egypte, le nom de Men-maât-Rê et son nom Séthi, qui le rattache au dieu Seth et à ses origines deltaïques est souvent suivi du complément Merenptah ou Meryimen, "aimé de Ptah" ou "aimé d’Amon". Pour plus de sûreté, il liera très tôt son fils Ramsès, futur deuxième du nom, au pouvoir en tant que corégent. C’est la reprise de la succession héréditaire du pouvoir royal, fondée sur le modèle Osiris-Horus et Séthi se dit lui-même "le bon fils que son père protège".
Il prend de fait politiquement la suite d’Horemheb.

<CENTERSethi Ier recevant un collier-menât des mains de la déesse Hathor

Ayant plus de recul que ce dernier, il poursuit avec passion la lutte contre la mémoire des rois amarniens en faisant marteler leurs noms et inscriptions, mais commence assez vite à absorber une partie de leur message politique et religieux pour former les fondements de la nouvelle pensée dynastique. Le fait d’être au début d’une nouvelle ère, marqué par l’avènement d’une nouvelle dynastie royale est sans aucun doute sensible dans son nom de Nebty, des Deux Maîtresses , Ouhem Mesout, qui le désigne comme "celui qui répète les naissances". Cette "renaissance" est d’ailleurs elle-même placée de façon opportune sous l’influence de l’avènement d’une nouvelle ère sothiaque, toujours perçue comme bénéfique. Le roi fait montre d’une conscience historique naissante par la recherche d’une continuité dynastique le liant aux anciens rois égyptiens.

Portique de la grande cour du temple des millions d’années de Sethi Ier à Gourna

C’est ainsi qu’il fera inscrire une liste votive de 67 noms royaux dans son temple d’Abydos. Cette liste qui remonte jusqu’à Ménès, premier roi mythique de l’Égypte unifiée est bien sur liée au culte des ancêtres. Mais elle reflète aussi un choix politique. Séthi Ier y officie en relation étroite avec son fils et successeur le jeune Ramsès. Mais qui plus est, il ne s’agit pas d’une simple accumulation plus ou moins bien renseignée. Elle est exhaustive mais d’une exhaustivité partisane qui n’hésite pas à évacuer du culte et de ce qui pour nous devient l’Histoire, les rois perçus comme "rebelles", qu’il s’agisse de la reine Hatchepsout ou des souverains amarniens jusqu’à Toutankhamon qui pourtant n’avait a priori rien fait pour mériter cela Il s’agit pour ces rois issus du "peuple" d’assurer leur propre légitimité dynastique en se créant des racines cultuelles irréprochables quitte pour cela à expurger la liste de ceux qui ont pu à un moment ou un autre paraître non orthodoxes. C’est au nom de cette nouvelle orthodoxie dynastique, lui qui veut être un digne héritier des rois thoutmosides, qu’il charge une armée de sculpteurs de restaurer les inscriptions contenant le nom et la figure d’Amon, martelé à l’époque d’Aménophis IV - Akhénaton.

Temple de Sethi Ier à Abydos (dessin de J.C. Golvin)

Séthi Ier est admirablement secondé par une administration réformée et solidement restructurée. Cette dernière est tout particulièrement tenue de la main ferme du Vizir Paser qui sait se faire aimer par exemple du petit peuple ouvrier de Deir el-Medinâ. Mais l’attention du souverain se tourne maintenant vers le nord d’où il tire peut être ses origines. C’est là qu’il installera la nouvelle capitale, dans la région d’Avaris.

Horemheb ayant réussi à remettre globalement de l’ordre à l’intérieur du pays, Séthi pourra pour sa part se tourner vers l’extérieur et reprendre en main le destin des anciennes colonies nubiennes et des protectorats égyptiens au Proche-Orient. L’Égypte en tant qu’unité territoriale s’étend alors de Napata à la Méditerranée. Séthi conduit d’abord les armées égyptiennes vers l’ouest où les Libyens sont devenus remuant au point de menacer l’ordre cosmique égyptien. C’est là la première de nombreuses campagnes destinées à les soumettre et à maintenir tant que faire se peut ce danger aux portes du pays. A l’est, c’est la même démarche militaire qui est mise en oeuvre.

Séthi Ier cherche tout d’abord à reprendre le contrôle sur les bédouins du Sinaï qui maraudent alors sur les routes menant vers la plaine de Gaza et coupent les routes vers l’Arabie. De là, l’Égypte reprend le contrôle effectif des territoires palestiniens et jordaniens. L’armée égyptienne doit alors mener une guerre d’escarmouches contre des bandes rebelles menées par des princes locaux. Elle est sure d’y avoir le dessus, avec le temps. Néanmoins, en arrivant sur l’Oronte, elle doit affronter une puissance d’une autre ampleur avec les armées hittites que sa présence dans ces contrées commence à gêner. C’est à Qadesh qu’aura lieu déjà une première fois l’affrontement, non décisif puisque Ramsès II devra y revenir quelques années plus tard.

Temple des millions d’années de Sethi Ier à Gourna

L’Égypte s’assure ainsi la reprise en main de la partie sud de son empire asiatique et avec elle et les domaines nubiens, c’est une nouvelle prospérité qui descend sur le pays. Les dieux seront les premiers servis avec de monumentales offrandes. Partout, le souverain commandite des chantiers de restauration intensifs mais dans ses propres programmes, il se concentre dans les grands sanctuaires d’empire où sont honorés , Osiris, Ptah et Amon. Ces commandes sont liées à la réouverture des mines et des carrières et à leur exploitation intensive. La capitale solaire d’Héliopolis le voit oeuvrer dans un temple dont seul l’obélisque de la Piazza del Popolo demeure. Dans la capitale memphite, le roi s’installe dans le "vieux" palais de Thoutmosis Ier et ce geste participe lui aussi sans doute de cette recherche de racines dynastiques et historiques.

A Karnak, c’est une énorme salle hypostyle de 136 colonnes que Séthi fait ériger entre les troisième et quatrième pylônes. Il finit alors sans doute un projet mis en route par Horemheb et Ramsès Ier. Il n’aura lui-même le temps que de faire décorer la moitié nord de l’édifice, dédiée pleinement à Amon et à son culte quotidien et solennel, en une série de reliefs d’une qualité rarement égalée. L’édifice est un temple en soit perçu comme le temple de Millions d’Années de Séthi dans le domaine d’Amon. Il s’agit en fait d’un reposoir de barque magnifié où le culte divin se fond aux grandes cérémonies de la royauté.

C’est ce soin qui marque une autre réalisation d’importance, le mémorial élevé à Abydos, ville sainte d’Osiris. Erigé à l’aide de blocs de calcaire fin, le temple est le Memnonium admiré par Strabon. Il marque avant tout politiquement la reprise de la tradition du Moyen Empire et de la XVIIIe dynastie. Le temple lui-même s’élève au-dessus d’un cénotaphe représentant le tombeau symbolique d’Osiris. Ce dernier prend la forme d’un tombeau royal et est orné de livres funéraires. Le temple doit alors être perçu comme un temple funéraire divin où des tendances archaïsantes se font jour dans l’architecture. Le roi y reçoit un culte au sein d’un groupe divin, liant la triade abydénienne (Osiris, Isis, et Horus) aux grands dieux impériaux (Amon, Ptah, -Harakhty). Là aussi Ramsès II devra se charger de terminer les travaux d’une ampleur considérable. Un texte de dédicace nous apprend que Séthi Ier fournit au temple des statues d’or massif. Pour se faire, il lui faut rouvrir les routes menant aux mines d’or du désert de l’Est. Il y fait creuser un temple rupestre au Ouâdi Miah, où il est présenté par les inscriptions comme le bon pasteur qui a à cœur le bien-être de ses hommes et qui inspiré par Amon indique l’endroit précis où doit être creusé le puits qui fournira l’eau potable aux caravanes minières. Son règne est d’ailleurs marqué par une remise en état globale des routes du royaume et par le creusement d’autres puits au nord pour jalonner la Route d’Horus, vers l’Asie.
A Thèbes ouest, le roi fait creuser un hypogée gigantesque s’enfonçant profondément dans le calcaire de la montagne et mettant en jeu toutes ses qualités plastiques. Découverte par Belzoni au XIXe siècle, la tombe est une longue syringe au parcours complexe pourvues de plusieurs salles, dont les couloirs s’ornent pour la première fois de toute une panoplie de livres funéraires royaux. Son décor sera copié et présenté par son "inventeur" dans les capitales européennes, tandis que d’autres ne se contenteront pas de copies et découperont des fragments de ses parois qui iront faire l’orgueil de musées tels que le Louvre ou le Musée de Berlin. Le plafond de la salle du sarcophage s’orne d’un décor astronomique, tout comme le plafond du sanctuaire-tombe du temple d’Abydos. Le roi inclut ainsi son devenir funéraire dans les grands cycles cosmiques.
Cet hypogée imposant est complété par un temple funéraire située à Gournah que le roi ne verra jamais terminé. Le temple doit être perçu comme le prototype des temples de Millions d’Années ramessides. Son culte funéraire y est étroitement associé à celui de son père Ramsès Ier. La momie de Séthi Ier, probablement âgé de quarante-cinq à une cinquantaine d’années au moment du décès, a été retrouvée dans la Cachette royale de Deir el-Bahari.

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